Une immense ferme intérieure fruit du génie québécois

December 6, 2020

Des investisseurs de Repentigny ont convaincu l’une des familles les plus riches des Émirats arabes unis (EAU) de bâtir la plus grande ferme intérieure au monde de 235 millions de dollars en plein cœur du désert d’Abou Dhabi.

« On sort d’une réunion. On vient d’apprendre que c’est non seulement la plus grande ferme intérieure au monde, mais c’est aussi le deuxième ou troisième plus gros bâtiment sur la planète », lance avec fierté au bout du fil Jonathan Mérineau-Gosselin, issu de l’immobilier, cofondateur et vice-président exécutif des opérations au Moyen-Orient de RainMKRS Capital Investissements.

À la mi-septembre, sa société GrowGroup IFS de Barendrecht (Pays-Bas) et Abou Dhabi (EAU) ont annoncé qu’ils allaient construire la plus grande ferme couverte au monde dans le désert d’Abou Dhabi.

Elle produira pas moins de 10 000 tonnes d’aliments frais par année sur 17,5 hectares, soit l’équivalent de 25 terrains de football. Elle aura une surface de culture de 160 000 mètres carrés de fruits et de légumes d’une cinquantaine de variétés.

Alimentée par l’électricité, elle devrait utiliser 95 % moins d’eau que les installations similaires et espère réduire son empreinte écologique de 40 %.

Projet de 235 M$


Appuyé par la ministre des Émirats arabes unis pour la sécurité alimentaire et hydrique, Mariam Almheiri, le projet de 235 millions de dollars a également le soutien de l’ambassadeur des Pays-Bas au pays, Lody Embrechts.

« J’ai injecté l’équivalent de deux millions de dollars de mon propre argent dans le projet. On a sécurisé près de 40 millions de dollars auprès de Mohamed Jouan Al Dhaheri (voir autre texte plus bas), dont neuf millions iront à la ferme », explique Sébastien Leblond, avocat, cofondateur et chef global des opérations de RainMKRS Capital Investissements.

Chaque année, les Émirats arabes unis importent 750 000 tonnes de fruits et de légumes. Dans ce pays désertique, les 10 000 tonnes par année que va produire la nouvelle ferme sont plus que bienvenues.

« Notre production est vendue pour les trois prochaines années au plus gros distributeur alimentaire de la région, Levarht », ajoute Sébastien Leblond, dont la société RainMKRS est propriétaire à 40 % de la ferme.

Sécurité alimentaire

« Le pays est extrêmement dépendant des importations de nourriture de toutes formes, parce que c’est le désert et que c’est trop chaud pour faire pousser autre chose que des dattes », ajoute à la blague Jonathan Mérineau-Gosselin de RainMKRS Capital Investissements.

Pour les Émirats arabes unis, la construction de la nouvelle ferme au beau milieu du désert est stratégique.

« Pour eux, la sécurité alimentaire est importante. Ils savent qu’il ne s’agit pas seulement d’allonger l’argent pour se payer les meilleurs candidats au monde pour faire leurs fruits et légumes. Ils veulent bâtir une industrie, faire un transfert de connaissance », poursuit Jonathan Mérineau-Gosselin.

Déjà, sa coentreprise prévoit construire d’autres fermes intérieures du même type dans des régions du monde où les climats extrêmes rendent plus difficile la production de fruits et de légumes.

« Après Abou Dhabi, on a déjà une dizaine de manifestations d’intérêt de pays, qui veulent avoir la même ferme pour faire la gestion de projet pour produire localement », poursuit Sébastien Leblond.

Ces prochains mois, la première phase du projet verra le jour, un laboratoire grandeur nature en or pour les investisseurs de Repentigny.

« On a compris vite que pour réussir ici, tu t’alignes avec les initiatives du gouvernement, c’est une façon évidente de bien réussir », conclut Jonathan Mérineau-Gosselin qui habite dans le pays depuis 2013 avec sa femme émiratie.

FERME GREENFACTORY EMIRATES  

Construction : 235 millions $
Superficie : 17,5 hectares
Production : 10 000 tonnes
Variétés de fruits et de légumes : 56  
RAINMKRS

Actionnaires/cofondateurs :

Mohamed Jouan Salem Al Dhaheri (président du conseil et PDG)
Sébastien Leblond (chef global des opérations)
Jonathan Mérineau-Gosselin (vice-président exécutif)
Sultan Al-Nassour  
Mario Leblond


INSTITUTIONS INTÉRESSÉES

Wageningen University
Aeres University
Delphy
Massachusetts Institute of Technology (MIT)
University of Saskatchewan
University of Toronto
Génome Canada

« C’EST À LA BASE UNE HISTOIRE D’AMITIÉ ET UNE HISTOIRE FAMILIALE »  
Les Québécois qui projettent de bâtir la plus grande ferme intérieure au monde aux Émirats arabes unis (EAU) ont grandi dans le même quartier de Repentigny avant de côtoyer les hautes sphères du pouvoir émirati.


« Mon frère Mario a lâché sa job chez Bombardier il y a deux ans pour aller faire le tour du monde. Il a visité plus de 70 pays. Il a été témoin de la famine et des besoins alimentaires sur la planète. Il voulait faire un projet humanitaire à la base et changer le monde », raconte Sébastien Leblond, avocat, anciennement chez Anderson Sinclair PC, cofondateur et chef global des opérations de RainMKRS Capital Investissements.

Un après-midi, son frère Mario lui parle de son ami Jonathan Mérineau-Gosselin, qui a fait carrière dans l’immobilier au Québec avant de déménager aux Émirats arabes unis en 2013. Sébastien décide alors de se rendre là-bas pour faire sa connaissance.

« Quand j’ai rencontré Jonathan, ça a cliqué. On avait pas mal d’affinités. Jonathan était marié à une femme des Émirats arabes unis, dont le frère était très engagé dans les infrastructures critiques et la sécurité alimentaire dans les hautes sphères », se souvient Sébastien Leblond.

Enjeu crucial

Au fil des discussions, les Québécois décident de proposer aux responsables du pays un projet de ferme intérieure pour les aider à se rapprocher de l’indépendance alimentaire, un enjeu crucial dans la région.

Pays-Bas, Angleterre, France, États-Unis... Sébastien et ses partenaires parcourent le monde pour faire l’ébauche de leur projet de ferme, qu’ils couchent sur papier deux ans plus tard dans une brique de 300 pages.

« Le beau-frère de Jonathan nous a amenés à rencontrer Mohamed Jouan Al Dhaheri, un jeune émirati issu d’une très grande famille assez puissante, et notamment très riche, qui est devenu notre président de conseil, qui a pris un peu sous son aile le développement stratégique des relations auprès des familles là-bas », explique Sébastien Leblond.

Aujourd’hui, une autre figure importante, Sultan Al-Nassour, qui dirige les infrastructures critiques au sein de l’émirat d’Abou Dhabi (EAU), travaille avec eux pour donner vie au projet.

« C’est à la base une histoire d’amitié et une histoire familiale », lance au bout du fil Jonathan Mérineau-Gosselin de RainMKRS Capital.

Plus ouverts qu’on le croit

Quand on lui demande si la vie est différente aux Émirats arabes unis, il répond que la société actuelle est plus ouverte que bien des gens se l’imaginent.

« Quand mes parents sont venus me visiter, ils ont été agréablement surpris de voir à quel point c’était libéral », conclut-il.